Avoirs à l'étranger: Entre rapatriement et nouvelles destinations

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Revue de presseKiosque360. Le rythme de régularisation des avoirs des Marocains à l'étranger s'accélère. La période d’amnistie des changes est alors prolongé d'un mois, jusqu’à fin janvier. Mais tout ne rentre pas: de nouvelles destinations apparaissent pour contourner l'échange de données bancaires avec l'Europe.

Le 24/11/2014 à 23h43

Il n’y aura pas de prolongation de l’amnistie des changes. Toutefois, l’Etat a consenti à un délai supplémentaire d’un mois pour que les Marocains détenant des avoirs à l'étranger rapatrient leurs capitaux. Akhbar Al Yaoum, qui rapporte l’information dans son édition du 25 novembre, précise que la déclaration doit être effectuée au plus tard le 31 décembre 2014 et que le versement des capitaux doit avoir lieu avant fin janvier. Rappelons que cette mesure concerne les avoirs en devises et biens immobiliers.

Mi-octobre, le gouvernement avait menacé de sévir contre ceux qui ne régulariseraient pas leur situation dans les délais impartis. Le quotidien rappelle les chiffres annoncés par l'argentier du royaume à l'occasion de la présentation de la loi de finances: 2 MMDH ont été déclarés, dont 56% sont sous forme de capitaux et 36% de biens immobiliers. La Nouvelle Tribune met la barre plus haut: l'hebdomadaire affirme selon "ses très bonnes sources" que "le montant des devises rapatriées dépasserait, en cette dernière décade de novembre, les 4 milliards de dirhams". Et selon la publication, cette "mesure de confort" décidé par l'Office des changes est proche des estimations des déclarations annoncées, en début d'année, par Mohamed Boussaid, ministre de l’Economie et des Finances, soit 5 MMDH.

11 MMDH fuient chaque année

Selon les statistiques disponibles, chaque année ce sont près de 11 MMDH qui s’envolent pour les paradis fiscaux. Cependant, la donne est en train de changer au niveau des banques occidentales. En raison de la crise économique et de la montée du terrorisme, les pays du Nord commencent à tracer l’origine des capitaux. Après la carotte, l’Exécutif a menacé de recourir au bâton. 30% des richesses des grandes familles marocaines serait placées à l’étranger. L’Etat va donc donner un sérieux tour de vis à partir de février. Ces derniers mois, les banques étrangères ont commencé à inciter leurs clients «en situation irrégulière» à se conformer à la loi. C’est le cas de BNP Paribas. D’autres banques comptent lui emboîter le pas.

De son côté, Jaouad Hamri, directeur de l’Office des changes, coordonne avec des banques françaises et suisses la mise en place un système d’Echange de données informatisé (EDI) afin de retracer les délinquants financiers. Pour anticiper pareille mesure, les fraudeurs changent de destination. Selon Al Massae, ils se tournent vers l’Asie, avec notamment l’île de Taïwan et la Thaïlande. Pour ce faire, ils profitent la plupart du temps de leur double nationalité. Prenant peur après l’annonce de la coordination avec les banques européennes, des Marocains ciblent surtout des pays du Sud-Est asiatique.

Des statistiques internationales font état d’une hausse de la fuite de capitaux au cours des derniers mois. Les comptes des Marocains à l’étranger avoisinaient, à fin mars, 3,8 milliards de dollars. Au cours des derniers mois, le volume des comptes a augmenté de 120 millions de dollars. L'hémorragie continue...

Par Amine Haddadi
Le 24/11/2014 à 23h43